
Il y a deux cents ans, la jeune République française, après avoir fait reculer l'Europe coalisée, ose braver l'Angleterre, l'ennemi héréditaire. A la suite d'une rencontre avec les représentants de la Société des Irlandais unis catholiques et protestants, conduits par Theobald Wolfe Tone, et sous l'impulsion du jeune ministre de la marine Truguet, les responsables politiques du Directoire décident la campagne d'Irlande. Les objectifs sont de soulever les populations irlandaises contre les oppresseurs anglais, de proclamer leur indépendance et d'asseoir une République sur les ruines de l'aristocratie anglaise.
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Sa cale avec son faux-pont contient des vivres pour six mois et de l'eau pour douze semaines. Le premier pont doit supporter le poids considérable des gros canons de 36 livres qui pèsent chacun quatre tonnes. Le deuxième pont, couvert à l'avant et à l'arrière par des gaillards, porte une artillerie plus légère. Cette coque qui s'élève à sept mètres au-dessus de l'eau porte un prodigieux étagement de toile. Les trois mâts en trois éléments gréent chacun trois étages de voiles carrées. La pomme du grand mât culmine à 60 mètres. Par bonne brise ce vaisseau peut dépasser dix nœuds. |

![]() Le Capitaine de vaisseau Lacrosse |
L'expédition d'Irlande est un échec. A peine l'escadre a-t-elle quitté le goulet de Brest qu'elle doit affronter une grosse tempête qui la disperse au milieu d'une énorme confusion. Sans doute la saison n'était-elle pas particulièrement bien choisie. Seuls dix navires peuvent mouiller en baie de Bantry. La Fraternité, ayant à son bord le Général Hoche, commandant des troupes de débarquement, n'est pas au rendez-vous. Toute idée du débarquement est annulée. Les Droits de l'Homme qui ont capturé, à l'approche des côtes irlandaises, deux bricks anglais, le Cumberland et la Calypso et fait une cinquantaine de prisonniers - dont le Lieutenant Pipon - croisent en mer d'Irlande pendant huit jours, puis, ayant constaté l'inutilité de son attente, font voile vers Belle-Ile sur les côtes sud de Bretagne. |
Le 13 janvier 1797, au large de Penmarch, apparaissent deux frégates anglaises l'Indefatigable, 44 canons, commandée par le Commodore Sir Edward Pelew et l'Amazon, 36 canons, commandée par le Capitaine Reynods. A 17h15 le combat s'engage. Aux bordées de l'Indefatigable, le Capitaine Lacrosse répond par des volées de canon et de mousqueterie, la tempête l'empêchant d'ouvrir sa batterie basse de canons de 36 en raison des paquets de mer que le navire embarque. L'Anglais dispose d'une supériorité en voilure et évite les manoeuvres des Droits de l'Homme visant à l'abordage où il aurait bénéficié d'une incontestable supériorité due aux 600 hommes de la Légion des Francs embarqués à son bord.
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![]() Le feu de la mousqueterie |
![]() "Je fus donc à la côte sans mâts et sans ancre, |
Au bout de 13 heures de combat les tirs cessent, les munitions étant épuisées. Les navires anglais abandonnent la lutte. L'Indefatigable, réduit à l'état de ponton, évite à grand peine les brisants de la baie et les rochers de Penmarch. L'Amazon se brise sur la côte de Plozévet livrant aux Français son équipage et son Capitaine.
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"Enfin mon brave camarade j'apprends que vous vivez, lui écrira le Général Hoche, et le gouvernement peut encore compter sur un homme dont il apprécie les talents et la bravoure. Votre combat vous a couvert de gloire; il a montré aux Anglais ce qu'ils doivent attendre de marins français bien commandés"
C'est ici que la grande histoire va rejoindre notre généalogie car ce petit village de Plozévet est le pays des ancêtres de notre grand-père maternel dont plusieurs sont cités pour avoir participé à divers titres à ce naufrage. Nous devons de connaître par le menu le fil des événements grâce aux rapports que rédigea quotidiennement Jean-Louis Malescoët le juge de paix du Canton, consignant soigneusement les informations relatives au sauvetage des hommes et des biens entre le 14 janvier et le 7 mars, s'agissant d'un accident grave survenu à un vaisseau de guerre, propriété du gouvernement de la République auquel il doit rendre compte. Tout d'abord il a mis en place un dispositif de surveillance afin d'éviter tout vol et pillage des débris provenant du vaisseau et s'échouant sur la grève. Les autorités sont avisées. Des gendarmes dépêchés sur place dressent une tente faite d'un morceau de voile et montent la garde pendant toute la durée du sauvetage. Les objets récupérés sont transportés dans des charrettes requises et transportés dans des "magasins" fermés à clés, les métaux récupérés par 5 forgerons réquisitionnés pour être remis à la Marine, les rescapés réchauffés, habillés de hardes, nourris, les blessés soignés, les cadavres enterrés… | ![]() |
Alain LE POUCHOUX ne sait pas encore qu'il vient de sauver Jean-Amable Humbert, Général de brigade, ni que son acte de bravoure va permettre à l'Histoire de suivre son cours. Sut-il même un jour que l'année suivante, en 1798, une armée de soldats français commandés par Humbert débarqua avec quelques révolutionnaires irlandais dans la baie de Killala, poursuivant la lutte entreprise pour la libération de l'Irlande ? Cette opération se solda par une défaite le 8 septembre 1798 marquant la fin de l'insurrection irlandaise…
Alain LE POUCHOUX était l'un de nos ancêtres (Sosa 110) et c'est avec beaucoup de regrets que nous n'avons pu assister à Plozévet, le 18 janvier 1997, lors de la commémoration du bicentenaire du naufrage des Droits de l'Homme, à la rencontre pleine d'émotion qui a été organisée entre Pierre Maurice, descendant du général Humbert et les descendants de son sauveteur….
Le 28 janvier, dès 6 heures du matin le juge de paix "fait séparer par lots et melons les débris dudit naufrage sur la falaise afin que chaque individu y puisse mettre son enchère pour être par ce moyen lesdits effets vendus plus chers au profit de la République". A 9 heures le citoyen Gabriel GUICHAOUA, encore l'un de nos ancêtres (Sosa 210) désigné pour être le crieur, commençait la vente.
Que penser de ces misérables lots faits de quelques morceaux de bois, de bouts de ferrailles, de pauvres hardes ?
Que penser de "Deux morceaux de fer adjugés pour six livres au citoyen Noël MOREAU ?
Ce dernier est cité à titre d'exemple parce qu'il compte, lui aussi, au nombre de nos ascendants (Sosa 208), ce qui prouve que cet événement a concerné tous les citoyens de la commune, dont certains (faut-il le croire ?) étaient, sur ces côtes sauvages, quelquefois plus enclins à jouer le rôle de naufrageurs plutôt que celui de sauveteurs ! En l'occurrence l'attitude des citoyens de Plozévet a été exemplaire
Le bilan du naufrage des Droits de l'Homme est lourd puisqu'on compte entre 250 à 390 victimes.
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AUTOUR DE CETTE PIERRE DRUIDIQUE SONT INHUMÉS ENVIRON 400 NAUFRAGÉS DU VAISSEAU DES DROITS DE L'HOMME BRISÉ PAR LA TEMPÊTE LE 14 JANVIER 1797 LE MAJOR PIPON NÉ A JERSEY MIRACULEUSEMENT ÉCHAPPÉ A CE DÉSASTRE EST REVENU SUR CETTE PLAGE LE 21 JUILLET 1840, ET DÛMENT AUTORISÉ A FAIT GRAVER SUR LA PIERRE CE DURABLE TÉMOIGNAGE DE SA RECONNAISSANCE. A DEO VITA SPES IN DEO |
Enfin l'actuelle municipalité de Plozévet a célébré de façon émouvante le bicentenaire du naufrage des Droits de l'Homme en 1997 dans une évocation théâtrale qui s'est déroulée sur les lieux mêmes du drame. Cette occasion fut mise à profit pour faire taire certaines légendes, complaisamment répandues par des adversaires de la République, selon lesquelles les citoyens de Plozévet n'auraient pas eu une attitude irréprochable à l'occasion de ce naufrage.
Une exposition historique permanente sur le naufrage est organisée dans la mairie. Si votre itinéraire de vacances vous conduit un jour de Quimper à Audierne ou à la Pointe-du-Raz, nous vous engageons à faire une halte à Plozévet pour la visiter.
